L'ours

Quelque part en Alaska un homme cherche l'ours qui sera le sujet de son documentaire, depuis des jours il le traque, il suit ces traces mais doit garder une bonne distance pour avoir des plans serrés comme large, cet homme vit une expérience extraordinaire, c'est la première fois qu'il est dans une nature aussi grande et aussi pure. Il veut montrer aux gens que les animaux sauvages sont fascinants, qu'ils ont beaucoup à nous apprendre et qu' ils ne sont pas forcément dangereux. Il fait beau, c'est le printemps, l'eau coule à flot dans les rivières, il y a un paquet de poissons à se mettre sous la dent donc l'ours devrait se montrer d'ici peu de temps. Le trépied et l'appareil photo/caméra réglés, camouflé a l'orée de la forêt il n'y a plus qu'a attendre. Après deux jours d'attente, le rêve se réalise, il est là dans l'objectif, grand et puissant, il donne au naturaliste un regard d'enfant, l'ours attrape les poissons les uns après les autres, il n'a rien d'agressif il fait penser à une grosse peluche qui se régale, pour un peu on le verrait sourire mais il semble quand même être en permanence sur ces gardes. Le reporter n'est qu'a trente mètres, il vit cet instant avec la peur et la passion, il a ce qu'il voulait, le grand frisson, celui qui vous fait vous sentir vivant. L'ours se met à descendre la rivière, il connaît sûrement un deuxième endroit encore plus généreux en saumons frais. Le naturaliste range tout son matériel pour se mettre à le suivre, il perd de vue son acteur mais il sait qu'il restera sûrement le long de la rivière. Tout est dans les sacs, le naturaliste s'apprête à rejoindre cette animal si impressionnant qu'il voulait voir depuis si longtemps quand retentit une détonation provenant de la poussée d'un doigt sur une gâchette. A ce moment l'amoureux de la nature perd son sourire et se met à courir. Après avoir fait cinquante mètres il aperçoit l'ours qu'il observait cinq minutes plus tôt, il est sans vie, par terre. Des larmes coulent des yeux du naturaliste, son rêve vient de se ternir, il a pris fin à cause d'un touriste/chasseur qui avec son fusil à lunette a tuer un des symboles de l'Alaska dans le seul but de pouvoir mettre une photo chez lui et sûrement à son bureau où l'on le voit souriant, un genoux à terre, brandissant son fusil, avec sur sa gauche le corps d'un ours qui vient tout juste de se vider de son esprit. L'égo de l'être humain fait bien plus peur qu'un requin.