L'éboueur

 

 

 

 

 

Dans l'appartement de Jean, dans le centre ville de Saumur

 

« Alors t'as trouvé un taf à ce qui paraît ? » Dis jean en s'marrant

 

« j't'emmerde, faut que j'taf et c'est tout s'que j'ai trouvé, j'ai envoyé plein de cv ! »

 

« Tu vas l'rajouter à ton cv ça ? »

 

Jérôme regarde Jean, « nan, j'vais même pas pouvoir le mettre, s'te loose ! J'vais faire éboueur t'y crois toi ? »

 

« Nan mais j'demande à voir, de bon matin ça peut me mettre le sourire » il tape dans l'dos de Jérôme, se lève du canape et va se chercher une bière 

 

« Faut que j'dise à mes parents que j'vais faire éboueur mais j'peux pas »

 

« tu veux une bière ? »

 

« ouais »

 

« tu vas pas faire éboueur toute ta vie, tu continues de chercher du taf et en plus t'as de bons horaires, nan ? »

 

« j'commence à 5h et j'fini vers 11h, ça c'est cool et si on finit avant on peut rentrer »

 

« j'aimerais bien avoir ces horaires, j'ferais plein d'truc, tu vas faire quoi toi»

 

« j'sais pas »

 

 

 

5h heures plus tard au boulot

 

 

 

« Salut, Benoit »

 

« Salut, Jérôme »

 

« t'es le nouveau éboueur ? »

 

« Heuuu, ouais c'est ça »

 

« vas y suis moi, je vais te passer des gants » ils rentrent dans les bureaux de l'entreprise « t'as des grands paluches ou pas ? »

 

« ché pas, normal »

 

« tiens essaies voir, c'est bon ? »

 

« Ouais »

 

« eh ba allez, c'est parti, j'ai pas envie de finir tard »

 

« c'est quoi que t'appel tard ? »

 

« 11h » Jérôme se marre en se disant « 6h de boulot c'est trop, c'est bon ça » ils arrivent au camion

 

« salut, Tangy »

 

Jérôme regarde Tangy, la cinquantaine, une moustache de chasseur, une tête de chasseur et des poils de chien sur le pantalon

 

« Salut Jérôme », tout le monde se met à son poste, Tangy au volant, Benoit et Jérôme derrière

 

« tu regardes comment j'fais et tu fais pareil, si tu n'y arrives pas, c'est qu'il faut que tu te jette avec les ordures » dis Benoit d'un ton léger, sympathique mais sérieux

 

« ok » les premières poubelles sont jetées, la danse est lancée, Jérôme suit le rythme de Benoit qui a l'air pressé ce matin, après 1h de boulot.. « ça fatigue quand même, j'pensais pas, j'ai jamais vu d'éboueur courir ! », « normalement on ne court pas mais là si on continue comme ça, dans 2 heures t'es chez toi, en bossant à cette vitesse on fait l'taf en moins de 3 heures, on l'faisait régulièrement avec l'ancien gars », «pourquoi il est parti ? », « il a gagné à l'euro million », « il a gagné à l'euro million ? », « ouais », « combien ? », « de quoi », « combien ? », « 120 », « putain si j'gagne 120 millions je fais plein d'truc », Benoit s'arrête de travailler, Jérôme part chercher une poubelle « tu ferais quoi ? », « de quoi ? », « tu ferais quoi si tu gagnais ? », Jérôme revient vers le camion, « j'm'achèterais une bonne caisse déjà et j'me prendrais une baraque avec piscine à débordement avec vue sur la mer », « nan, t'as pas compris ma question, j'ai dis, qu'est ce que tu ferais, dépenser de l'argent, en soi, c'est pas faire grand chose », Jérôme qui était entrain de travailler, marque une pose, Benoit rajoute « même très riche tu serais pauvre », « et toi tu ferais quoi ? », « moi, moi j'me ferais plein de pays, j'me ferais les plus beaux parcs naturels du monde, j'verrais d'autres cultures, j'achèterais des maisons dans des coins magnifiques, je referais la déco intérieure comme extérieur, avec des artistes et je les loueraient à la semaine et j'me mettrais au parapente et à la moto sur circuit. J'essaierais plein de trucs que j'ai jamais fait, faut plonger dans l'inconnu pour savoir qui l'on est», Jérôme a bloqué, Benoit le fixe quelques secondes puis va chercher une poubelle, « t'es un philosophe toi ? », « nan, c'est juste ma personnalité », les dernières poubelles du lotissement sont jetées, ils remontent sur le camion, « et si ta bible est si bonne pourquoi t'es éboueur ? », « ça m'ramène sur terre, je suis là depuis 3 mois, encore un et je suis parti, j'aurais eu ma dose, j'ai pas besoin de bosser pour avoir de l'argent, j'fais ça pour me rappeler qu'il y a des gens comme toi », « des gens comme moi ? », « ouais, qui ont une vie lambda », ils se remettent à travailler, « j'ai pas une vie lambda », « tu fais quoi de ta vie », « bah j'vois mes potes, j'bosse et j'tape des soirées », « ouais une vie lambda quoi », Jérôme commence à se sentir attaqué « et toi ta vie c'est quoi ? », « de quoi ? », le bruit des vérins, du moteur, donnent à la conversion un effet lointain, « tu fais quoi toi de ta vie ? », « je suis graffeur, peintre et j'voyage pas mal, j'suis un artiste quoi », « et ton délire c'est de faire éboueur pour retrouver une vie d'merde ? », « c'est pas une vie d'merde, tout dépend de pourquoi t'es là ? », « ah ouais et pourquoi t'es là ? », « comme j'te l'ai dis pour voir comment c'est plus bas ? », « ouais bah t'es bizarre toi », Benoit se marre pendant que Jérôme ce dit qu'il est fou, ils vident les dernières poubelles et remontent sur le camion, Jérôme après quelques réflexions, « c'est quoi, c'est une sort de voyage pour toi, d'être là à faire ça ? », « c'est une atmosphère que j'connais pas donc c'est intéressant et puis tu peux très bien gagner ta vie », Benoit met sa main sous son pull et en sort un sac plastique alimentaire remplit d'herbe, « tu vides la poubelle, tu mets le pochon discrètement dedans et tu prends 25 euros » Jérôme qui paraît intimidé, « c'est quoi ? », « c'est un pochon d'beuh mais c'est surtout 25 euros », « et si les flics nous contrôlent ? », « tu irais contrôler un éboueur si t'étais flic ?, moi, non », « ouais c'est vrai », ils se remettent au boulot, Benoit tend deux sacs à Jérôme, « celui là tu le mets au 12, celui là tu l'mets au 28, tu les plis un peu en deux et t'y mets dans tes poches intérieure », Jérôme attrape les deux paquets et les met rapidement dans ses poches, « ça fait combien en argent ? », « ça ce vend, généralement, entre 8 et 10 le gramme et là t' as 750g sur toi », « 7500 euros », « ouais à peu près, ça commence à faire mine de rien », « ouais mais pourquoi on livre pourquoi ils ne vont pas la chercher», « question de sécurité, de discrétion, pose pas trop d'question stp »

 

 

 

6 jours plus tôt :

 

 

 

Deux personnes sont dans un bar, dans un village en montagne. Ils sont habillés d'une façon populaire et font quelque chose de populaire, boire une bière. L'un est lieutenant dans la gendarmerie, l'autre personne n'est ni plus ni moins que le conseiller, le maître à penser de bon nombre de politiciens, d'économistes et même de physiciens. Ils ont bientôt fini leurs bières.

 

 

 

« vous avez ce genre de gars ? », « ouais, on les appel les sentinelles, ce sont nos yeux et nos oreilles  », « alors vous prenez celui qui est le plus sérieux, le plus précis, le plus calculateur », « bien, on fait comme ça ».

 

 

 

2 jours plus tôt :

 

 

 

ça tape à la porte, « Entre », ça tape de nouveau à la port, « entre » Kevin attend un peu puis se lève de son canapé, « fais chier, il est bien ce film », « bonsoir », Kevin ne répond pas ne comprenant pas, «vous êtes bien monsieur Larodi Pierre ? », « euh nan, moi c'est Kevin Larodi », «  je suis gendarme, on a besoin de vous pour une histoire de stup, tout est dans le carton », Jérôme prend le carton de pizza, le gendarme en civile s'en va, « sympa le déguisement et merci pour la pizza ».

 

Kevin retourne à son film avec une pizza gratuite, il la soulève pour récupérer un papier coincé entre des feuilles d'alu. « Jérôme kolt soupçonné d'organiser une partie du trafic de cannabis de la ville de Saumur, il commence à travailler comme éboueur dans la ville, à partir de Lundi. Il voudrais instaurer de nouvelles règles, comme celle de faire livrer par des éboueurs, ce qui est beaucoup plus discret. Nos hommes étant trop connu et voulant mettre toutes les chances de notre côté, nous préférons vous confier cette mission, qui fera date dans votre parcours. Il commence Lundi, les livraisons ce feraient en grande partie dans la zone résidentielle au Nord Est de la ville, qu'il devrait atteindre entre 7h et 8h. Le mode opératoire serait le suivant, vider la poubelle au cul du camion et au moment de la récupérer y mettre le paquet. Nous voulons que vous filmiez ce moment en particulier.»

 

 

 

Jour J :

 

 

 

« et c'est toi, enfin c'est la tienne ? », « nan c'est des amis qui la produise et t'as pas besoin d'en savoir plus », Jérôme met les paquets dans les poubelles, « on en met pas plus ?», « tu viens de gagner 50 euros en deux minutes, t'en veut plus ? », « ouais » bien plus motivé par le boulot tout à coups, « ok, alors j'vais t'en passer pour la suite », Benoit laisse la poubelle et va à la cabine, il récupère plusieurs paquets, lui et Tangy se regardent furtivement puis il repart, « dans deux lotissement on y est, tiens, au moment venu j'te dirais où tu les met », « ok, il y a combien là ? », « t'en as trois de 500 kg et un de 200 », « c'est pas rassurant en fait », « dis toi que ce n'est que du papier », « ce n'est que du papier....ça marche pas», « bah fait avec », il est sept heures, la vie citadine commence à s'exciter, ils travaillent maintenant avec ces gens dont l'attention est entrain de se réveiller. « bonjour », « bonjour », un simple échange, un lien que l'on ne vient pas critiquer, qui s'accompagne de bruits de roulettes, de vérins, de moteur, d'une sale odeur, c'est un monde éboueur, encore une dizaine de poubelles, des centaines de mètres à marcher, à pousser, à tirer et à répéter, « prochain lotissement, 500 dans la 28, la 36 et la 52 pour les 200 j'te dirais après »

 

 

 

4 jours plus tôt dans cette même entreprise:

 

 

 

« Bonjour Adeline, ça va ? »,

 

« oui et vous ? »,

 

« ça va, au printemps ça va tout l'temps, il est là haut ? »,

 

« oui »,

 

« merci »,

 

« comment il va le golfeur du mardi, du jeudi, et du vendredi ? »,

 

Daniel, le patron de l'entreprise se lève et serre la main de son ami Anthony, maire de la commune, « ça va, il ne met pas que des balles dans les trous »,

 

« classe ! »

 

les deux amis se marrent,

 

« bon alors qu'est ce que j'peux faire pour toi ? »,

 

« t'as embauché un nouveau gars, Jérôme kolt, soupçonné d'organiser une partie du trafic de cannabis de la ville de Saumur, c'est un gros poisson.. »,

 

« lui ! il a jamais bossé ! »,

 

« bah ouais et c'est normal »,

 

« nan mais même, au delà de ça, il a pas de charisme, c'est un gamin »,

 

« te fie pas aux apparences »,

 

« j'te parle de ressenti moi »,

 

« ouais bah ton ressenti il t'a pas emmené loin »,

 

Anthony fait un tour visuel du bureau,

 

« enfoiré »,

 

ils se mettent à se marrer,

 

« nan mais sérieusement parlant, il faut que tu nous donnes un jour pour infiltré deux gars et le choper »,

 

« sérieusement parlant ?»,

 

« ouais sérieusement parlant »,

 

« ouais ça marche mais si lui, il est qui tu dis alors j'ai vraiment raté ma vie....au fait pourquoi c'est toi qui viens ? »,

 

« c'est une grosse affaire et c'est la commune et l'état qui paient les congés payés de tes gars, vu qu'on leur impose»

 

« vous voulez quel jour ? »

 

« ils veulent faire ça vendredi »

 

« ok, j'le dirais aux gars...le week-end dernier t'es allé faire du parapente au col de la Forclaz on m'a dit, t'es descendu exprès ? »

 

«  Nan on est descendu voir des amis de Claire qui sont sur Annecy donc j'ai profité de l'occasion pour y faire un saut, plusieurs même » dit Anthony en souriant

 

« alors, le spot, j'te l'avais bien vendu ou pas ? »

 

 

 

 

 

Le jour J :

 

 

 

Jérôme sort du vestiaire « à demain »

 

« à demain »

 

Jérôme monte dans sa voiture et rentre chez lui, il est 9h, il a encore toute la journée devant lui. Trois heures plus tard, Jérôme sort de son immeuble pour aller au kébab, il est au téléphone. « là j'pars de chez moi, tu m'rejoins là bas ? »,

 

« ouais, à toute »,

 

« à toute », Jérôme raccroche et met son portable dans sa poche puis relève la tête

 

« Jérôme Talandier »

 

« heu oui » face à trois policiers en civiles portant leur brassard

 

« on a des questions à vous poser, suivez nous » Jérôme les suit avec un policer devant et deux derrière lui.

 

« pourquoi vous êtes venu me chercher, qu'est ce qui se passe ? »

 

« on parlera de tout ça au poste » dit le gendarme qui est devant, sans se retourner. Ils montent dans une voiture et vont à la gendarmerie. 10mn plus tard dans un bureau...

 

« Bon alors je vous explique Mr Talandier, nous avons en notre possession une vidéo, on va dire compromettante, en ce qui vous concerne. »

 

« Je comprends pas » le policier tourne l'écran de l'ordinateur

 

« La brigade des stup nous a envoyé cette vidéo il y a deux heures » on y voit Jérôme entrain de mettre un paquet dans une poubelle qui vient de vider, « là c'est bien toi ? »

 

« heu....oui »

 

« qu'est ce que tu mets dans les poubelles ? »

 

« c'est pas à moi, c'est lui qui me la donné » en montrant du doigt son collègue de travail

 

« tu vas pas nous dire que c'est à toi, de toute façon ce n'est pas à nous d'avoir tes aveux les stups vont venir te chercher. »

 

« mais j'vous.. »

 

« ouais on sait c'est ton collègue c'est pas toi, bien souvent on entend ça, allez en cellule » un gendarme attrape Jérôme par le bras, il se lève et regarde une dernière fois le gendarme qui l'a interrogé,

 

« C'est lui qui m'a donné les paquets, pourquoi on ne le voit pas, là on avait presque fini mais au début il en mettait », le visage sincère, le gendarme le regarde intrigué puis Jérôme est sorti de la pièce par ces deux accompagnateurs. Le lendemain, deux hommes de la brigade des stup de Marseille, pas très bavards, viennent chercher Jérôme.

 

« Suivez-nous » Jérôme les suit, ils arrivent à la voiture. Jérôme monte à l'arrière avec un des hommes, l'autre prend la place passager devant. Le conducteur démarre et prend la parole.

 

« Bonjour Monsieur Talandier » regardant Jérôme par le rétroviseur central. Jérôme répond un petit « Bonjour », l'air inquiet et perdu.

 

« Vous savez pourquoi on vient vous chercher ? »

 

« oui et non, pour une histoire de drogue dans laquelle on m'a mis mais j'ai rien à voir avec ça, j'vous l'jure »

 

« Les gendarmes de Saumur sont entrain de perquisitionner les logements des 6 personnes où tu as laissé des paquets de beuh, tu sais ce qu'ils vont trouver ? »

 

« nan, je sais pas qui habite à ces adresses »

 

« Nous on sait, ils vont trouver une dame de 85 ans qui vit avec son fils de 50ans, qui bat sa mère régulièrement si elle ne lui donne pas d'argent. La deuxième adresse va révéler un mec devenu alcoolique qui délaisse sa fille de 4 ans depuis que sa femme est morte d'un cancer. Ensuite on a un trafiquant de drogues dures en tout genre, un pédophile important mais inconnu de nos services, un schizophrène qui fait peur à tout son voisinage et pour finir un ancien skipper qui a fait neuf fois le tour de monde. Nous sommes toujours en alerte rouge alors quand on fait une perquisition on peut prendre tout ce qu'on veut et depuis quelques mois, des profilers sont là pour analyser les personnes que l'on arrête et leur logement. Plus il y a de données plus les histoires sont précises.»

 

« J'comprends pas »

 

« Les médias, les journalistes vont avoir plus de choses à écrire sur les gens que t'as livré que sur toi mais tu reste l'élément clé »

 

« L'élément clé ? »

 

« T'es sur la vidéo entrain de distribuer des paquets de drogues tout en étant éboueur et c'est vendeur. »

 

« c'est vendeur ? »

 

« Ouais c'est un scénario qui change de l'ordinaire, ça va plaire. La vidéo a été mise sur youtube et sur des réseaux sociaux, on va voir dans les heures à venir si ça fait du bruit et vu que les journalistes ont aussi eu la vidéo, ce serait bizarre que ça n'en fasse pas. »

 

« pourquoi la vidéo a été mise sur internet, si ça fait du bruit ? Moi j'veux pas que ça fasse de bruit.»

 

« Ouais c'est vrai on t'a pas demandé ton avis, désolé. »

 

« C'est quoi ? Une caméra cachée, un mauvais film avec moi en tête d'affiche ? »

 

« Ouais et les acteurs c'est nous et toi tu as le premier rôle. »

 

« et la drogue, les éboueurs ? »

 

« un scénario, des acteurs, d'anciens militaires comme les deux là, il n'y a que moi qui suit réellement des stups»

 

« Vous allez, heuu, enfin moi, j'ai rien fais »

 

« C'est une question ou c'est une affirmation ? »

 

« Vous m'emmenez où là, à Marseille ?

 

« ouais »

 

« pourquoi ? » le militaire à sa gauche tourne la tête de son côté.

 

« tu connais les calanques ?»

 

« nan c'est quoi ?»

 

« c'est en bord de mer, c'est une réserve naturelle, c'est magnifique, c'est à voir »

 

« On t'emmène rencontrer ceux qui ont donné vie à cette idée, dans une villa, au milieu des pins avec un jardin qui donne sur la mer, ça te va ? »

 

« mais pourquoi il faut que je les vois et c'est qui ces gens là »

 

« Ils vont te dédommager vu qu'ils se sont servi de toi et puis ils voulaient te rencontrer»

 

« me dédommager ? »

 

« ouais, une certaine somme »

 

« vous parlez de quoi, je comprends rien, on va voir qui là ? » Jérôme a le visage qui commence à faire de la peine.

 

« des gens spéciaux, très intéressants, tu verras. Détend toi, profite du paysage, on va traverser une bonne partie du centre, j'ai pas envie de prendre l'autoroute. » Cédric le militaire qui est devant met le poste en marche et y met un cd de rap français indépendant et engagé. Tout le monde se prend une cigarette, Pascal, le militaire à la gauche de Jérôme, lui en tend une, Jérôme la prend.

 

« merci » toutes les vitres sont baissées, le son a de quoi ambiancé, Jérôme commence à être à l'aise, il regarde le paysage défilant à la vitesse à laquelle Arnaud conduit. Les minutes défilent par dizaines, puis par heures, personne ne parle, tout l'monde semble plongé dans son propre monde. La journée est belle, l'air frais y est juste bien dosé.

 

« Vous avez faim ? »

 

« ouais »

 

« ouais » Pascal regarde Jérôme, le regard interrogateur,

 

« ouais »

 

« Dés qu'on voit un snack ou une pizzéria j'm'arrête » Trente huit minutes plus tard les quatre hommes sont au bord d'une rivière, avec chacun une pizza.

 

« C'est quoi la somme ? » demande Jérôme à Arnaud

 

« je sais pas mais je pense que ce sera beaucoup» Jérôme n'a pas l'air de comprendre, « Les deux personnes que tu vas rencontrer, elles ont beaucoup d'argent investi dans des médias, dans les journaux, la télé, la radio et sûrement dans d'autres choses. Là t'as compris ? »

 

« pas vraiment »

 

« Plus il y aura de journaux vendus plus ils gagneront d'argent. Toi t'es la première page, tu vas faire augmenter les ventes » Pascal pendant ce temps là, est entrain de regarder une grenouille sautant dans l'eau,

 

« Donc si je fais vendre beaucoup je gagne beaucoup ? » Cédric qui est entrain de suivre la conversation...

 

« Putaing t'es long à la détenteu toi! »

 

« Tout ça pour gagner de l'argent ? »

 

« Hé, c'est déjà pas malll et ya pas qu'ça, ya aussi la moraleu »

 

« La morale ? »

 

« Ouais, tout ces gens qui sont entrain de se faire perquisitionner, ils ont tous une histoire intéressante mais peu de gens la connaisse. Cette idée a été validé sur un plan plus humain que financier. Et quand on va dire à la presse que tout ça est faux, on montrera que l'on peut faire n'importe quoi avec un réseau comme le notre. »

 

« Ouais et ça, ça va faire du bruiiit. »

 

« Ouais » Cédric et Arnaud se regardent furtivement avant de partir dans leurs pensées, probablement communes.

 

« Mais vous êtes qui vous en fait ? »

 

« On est les rouages d'un système, les acteurs d'une histoire, toi aussi. »

 

« Ouais mais moi j'l'ai pas choisi. »

 

« Il me semble qu'à un moment donné de l'histoire tu as dis oui, tu as fait un choix qui t'a amené là. Une belle leçon d'vie et en plus ils vont t'payer . Tu vas pas m'faire pleurer. Bon allez on est reparti»

 

« Tout le monde va m'connaître et j'ai pas envie »

 

« t'es pas Bob Marley, ni Coluche, tu seras vite oublié » Ils montent dans la voiture.

 

« Putain, mon père, mes parents, oh naaannnn»

 

« T'as rien à te reprocher, c'est bon t'inquiète pas »

 

« Je leurs ai pas dit »

 

« De quoi ? »

 

« Pour le boulot » Arnaud regarde Jérôme par le rétroviseur,

 

« Que t'allais faire éboueur ? »

 

« Ouais » Arnaud se remet à fixer la route puis il regarde Cédric qui a le sourire aux lèvres. Les deux commencent à se marrer puis vient le tour de Pascal, qui lui aussi trouve la situation plutôt comique.

 

« Ouais mais dis toi qu'ils vont plus te voir comme un dealereu que comme un éboureu » Une remarque qui n'engendre que plus de rire. Arnaud regarde Cédric en se marrant...

 

« Je sais pas ce qui passe le mieux »

 

« J'préférerais qu'mon fils soit dealereu qu'éboueureu, je te le diis »

 

« Ouais moi aussi et pourtant je suis le commandant de la brigade des stups » Pascal regarde Jérôme..

 

« Ce que les autres peuvent penser de toi ça regarde que les autres »

 

« Ouais Pascal a raison, te torture pas pour ce qui n'en vaut pas la peine mais tu nous a bien fait rire en tout cas, merci »

 

Les paysages défilent, les collines du Tarn, le plateau désertique du Larzac, les environs de Lodève, la rocaille et la garrigue au nord de Montpellier, les taureaux en Camargue, l'industrie portuaire de Fosse sur Mer et enfin Marseille. Arnaud prend son téléphone.

 

« On arrive dans 5mn »

 

Cinq minutes plus tard la voiture arrive devant le portail en bois gravé et sculpté de ce qui à l'air d'être une grande propriété. Le portail s'ouvre, Arnaud se tourne pour regarder Jérôme..

 

« T'es déjà allé chez quelqu'un de puissant ? » Jérôme regarde le parc qui s'ouvre devant lui et répond sans regarder Arnaud.

 

« Nan » La voiture rentre dans ce parc de 3 hectares, fait d'arbres de multiples essences, de multiples provenances, parcouru par une rivière passant sous un pont fait de bois et de pierres. Les massifs de fleurs, d'arbustes, sont rayonnants, quelque soit l'époque, quelque soit le moment, ici on se détend.

 

« C'est un bananier ? »

 

« Nan mais ça y ressemble, il ne fait pas assez chaud pour un bananier »

 

La propriété a une forme de colline, à son point culminant se trouve une terrasse, Arnaud se gare devant, les quatre hommes descendent. Jérôme regarde autour de lui puis se rend sur la terrasse.

 

« Où est la maison ? » un peu paniqué tout en continuant d'avancer jusqu'à la rambarde. Arnaud, Pascal et Cédric se mettent à se marrer et le rejoignent. Jérôme regarde la mer méditerranée qui est face à lui puis il baisse le regard et voit une deuxième terrasse avec piscine naturelle à débordement, accompagnée de bassins avec végétaux et animaux.

 

« Tu viens ? » Arnaud, Pascal et Cédric prennent un escalier taillé dans un gros rocher qui va de la première à la deuxième terrasse, Jérôme les suit. Il colle ses mains aux parois du rocher tout en descendant, comme un enfant. Ils arrivent en bas, face à eux, une baie vitrée de 3m de haut sur 5 encastrée dans la terre, donnant sur le salon principal composé de canapés au style mur de pierre, fabriqués avec de l'ardoise, la table basse est faite de morceaux de tronc d'arbres et d'une planche en bois massif de 2m par 1m20. Un homme est assis là, devant un ordinateur portable, Xavier, le propriétaire des lieux qui tourne la tête à ce moment là et se lève.

 

« Vous m'avez ramené la star, la future star? » Xavier et Arnaud se tendent la main..

 

« Ouais, comment ça va ? »

 

« Bien et toi ? »

 

« ça va » Xavier dit bonjour à Pascal et Cédric. Jérôme est sur la terrasse, il regarde cette maison recouverte en partie de végétation.

 

« Je crois qu'il est fasciné »

 

« Ouais il a pas dû en voir souvent des comme ça » Xavier rejoint Jérôme...

 

« Salut, Xavier » Jérôme intimidé, pas vraiment à sa place

 

« Bonjour » Xavier ne lâche pas la main de Jérôme

 

« Et ton prénom ? »

 

« Heu Jérôme, pardon »

 

« ya pas d'mal » Xavier libère Jérôme

 

« Tu veux boire quelque chose ? Avec alcool sans alcool ? Une bière peut être ? »

 

« Heuuu ouais une bière »

 

 

 

 

 

Au même moment à Saumur, il est 18h. David un pote de Jérôme, est sur LE réseau social tout en étant à un bar avec un ami et sa copine.

 

 

 

« oh ya un article sur Saumur, sur LE réseau, un éboueur qui distribuait de la beuh après avoir vidé les poubelles. Ya une vidéo. » David avance son téléphone pour que tout le monde puisse voir la vidéo.

 

« C'est Jérôme ?!! », les trois paires de yeux grossissent simultanément,

 

« putain mais c'est Jérôme » les trois amis regardent la vidéo jusqu'à la fin sans ne rajouter de mots. Après 1,36 minutes d'hallucinations David pose son portable.

 

« C'est quoi ce délire ? »

 

« Ouais »

 

« pareil pour moi »

 

« elle est sur LE réseau et ça date de ce matin. J'ai un pote qui habite à Bayonne, j'vais lui demander si il a la vidéo » Quentin sort son portable de sa poche et va sur plusieurs sites d'information puis met son portable face à David...

 

« Il y a un article sur lui sur chaque site ! » les trois amis sont choqués

 

«Il t'avait dit qu'il allait faire éboueur ? »

 

«nan, j'l'ai vu ya deux jours mais il ne m'en a pas parlé » Camille entrain de lire l'article...

 

« les gars lisez l'article » Ils s'exécutent

 

« Il semblerait que cet anodin éboueur, soit la tête pensante d'un réseau international de trafiquants de drogues, c'est une blague ? » Quentin regarde David...

 

« Jérôme, la tête pensante d'un réseau international de trafiquants de drogues ! C'est quoi s'délire ?! » David reprend la lecture...

 

« Il aurait entreprit de créer un schéma de livraison sécurisé et discret en embauchant des éboueurs, pour que les revendeurs n'est plus à transporter la drogue jusqu'à leur domicile. Les gendarmes ont perquisitionné dans l'après midi, les domiciles où le trafiquant a livré les paquets de cannabis.» Les amis se regardent de nouveau sans ne dire mots.

 

 

 

Marseille :

 

 

 

Arnaud est dans le jardin, il a reçu un coup de téléphone il y a un cinq minutes. Xavier est avec Jérôme.

 

« Tu vas devoir rester là deux ou trois jours je pense. Le temps que ça fasse du bruit et que ça retombe. J'vais t'montrer où est la chambre d'amis. » Jérôme se lève et suit Xavier.

 

« Là, c'est le deuxième salon, si tu veux t'entrainer au billard tu peux, là il y a un jeu de fléchettes, l'arc que tu vois là, tu peux l'utiliser dans l'parc où il y a les cibles. Tu peux utiliser le lecteur vinyle mais t'en prends soin. Là c'est la sphère, elle est entièrement capitonné, tu t'enfermes dedans et tu balance le son, ça passe bien. Les chambres d'amis sont là, il y en a trois, tu prends celle que tu veux. Après si tu veux dormir sur le canapé, dans un hamac dans l'parc, c'est comme tu veux. Là il y a les chiottes et là la salle de bains. »

 

« D'accord, j'ai pas vu de télé dans le salon »

 

« Je n'ai pas de télé, dans le deuxième salon il y a un ordi avec un grand écran et un disque dur, remplit de films, de reportages, de documentaires et de musique. La télé c'est dépassée, les pubs, les séries pourries, les émissions divertissantes et abrutissantes, t'oublies tant que t'es ici. Tu vois le mur de livres là ? »

 

« Ouais »

 

« Si tu lis tout ça ou ne serait-ce qu'une partie, t'engrangera tellement de savoir que t'as vie changera que tu le veuilles ou non. » Xavier va à la terrasse

 

« J'ai eu Jean Marc, il m'a demandé à quoi je jouais, j'lui ai dis que je lui expliquerais .

 

« Ok, on va regarder sur internet ce que ça dit ? » Arnaud et Xavier rentre dans la maison, Jérôme s'est installé devant l'ordinateur de bureau. Il essai de lancer internet, Xavier et Arnaud arrive derrière lui.

 

« Je me suis permis de.. »

 

« Il n'y a pas internet sur cet ordinateur. » Les deux amis vont s'asseoir sur le canapé, Xavier ouvre son ordinateur portable et se rend sur youtube.

 

« 278 342 vues et il est 18h30 » Xavier regarde Arnaud, « on est pas mal »

 

« ouais, il l'a mis à quelle heure ? »

 

« à 10h, puis soir ça devrait bien augmenter»

 

« tu peux taper drogue éboueur sur google ? » demande Arnaud à Xavier

 

« J'allais le faire»

 

« Descends... » Xavier et Arnaud se regardent

 

« Jackpot ! »

 

« va sur ce site » Arnaud montre un site du doigt à Xavier, « des perquisitions ont eu lieu dans les propriétés où le trafiquant à livré de la drogue, nous n'en savons pas plus, les enquêteurs ne veulent pas trop en dire. Revient sur la page d'avant, clique là. Des perquisitions étonnantes. Le trafiquant de drogue aurait livré une dame de 85 ans vivant avec son fils à charge, de plus ce dernier la battrait. Il aurait livré un père devenu alcoolique, qui vit avec sa fille de 4 ans dont la mère est morte d'un cancer il y a un an, le troisième client serait un trafiquant de drogue connu des services, chez le quatrième destinataire, inconnu des services, les policiers auraient trouvé des photos à caractère pédophile. Le cinquième destinataire serait un schizophrène faisant peur à son voisinage depuis plusieurs années et la dernière adresse aurait révélée un navigateur connu, qui avait trois colibris en cage dans sa cave. Des oiseaux qui sont interdits à la vente sur le territoire français. Après de telles perquisitions, on peut se demander si cette histoire d'éboueur trafiquant n'a pas été inventée de toute pièces, dans le but de parler, de ce que normalement, nous n'aurions jamais parlé. On l'a fait, on l'a fait. » Xavier se tourne vers Arnaud, les deux amis se serrent la main comme lors d'un bras de fer. « Un resto ça vous dit ? »

 

« Ouais, ça se fête »

 

« Jérôme ? Resto ? » Il est étonné et répond sans vraiment réfléchir

 

« Ouais »

 

« ça va ? »

 

« Faut que j'arrive à réaliser ce qui se passe, je crois »

 

« Ouais, c'est vrai que ça doit faire bizarre. On va sortir, se faire un bon resto, ça va te faire du bien. »

 

« J'aimerais bien appeler mes parents, pour leurs dire que tout va bien. » Arnaud met sa main dans sa poche et en même temps il regarde Xavier. Xavier dit non d'un geste de la tête.

 

« Tu pourras envoyer un message quand on sera sur la route du restau et t'éteindras ton téléphone juste après. »

 

« ok »

 

« Et tu dis pas où tu es, ça niquerait le plan. De toute façon après demain tu rentreras chez toi, t'es parents devraient tenir le coup. On y va ? »

 

« Après demain j'rentre chez moi ? »

 

« Ouais » Xavier attrape ses clefs, Arnaud lui ne bouge pas, il paraît intrigué par la façon dont Jérôme à posé sa question.

 

« T'aurais aimé squatter la baraque plus longtemps toi ? » Jérôme regarde Arnaud en souriant, Xavier se retourne...

 

« Si tu veux tu peux rester avec nous jusqu'à Lundi mais pas de téléphone après le message de ce soir. »

 

« Pas d'problème » Xavier, Arnaud et Jérôme sortent de la maison

 

« Les gars on va au restau vous voulez venir ? » Pascal et Cédric sont dans la piscine chauffée

 

« Là maintenant ? »

 

« Ouais »

 

« J'arrive »

 

« Moi aussi »

 

La voiture quitte la propriété

 

« Les gens vont me reconnaître dans le restaurant »

 

« C'est plus une belle cuisine personnelle qu'un restaurant... »

 

 

 

 

 

A la gendarmerie de Saumur

 

« Monsieur calmez vous »

 

« Que j'me calme, je veux voir mon fils, pourquoi ils l'ont emmené, c'est pas un trafiquant. Il passe sur toutes les chaînes, sur Le réseau, c'est quoi ce bordel. »

 

« Monsieur, baissez d'un ton. »

 

« Que j'baisse d'un ton, vous êtes au courant de rien, j'ai appelé la brigade des stups de Marseille, personne de là bas n'est monté chercher mon fils. Avec qui est ce qu'il est parti ? Il était bien chez vous ce matin, c'est bien des gendarmes d'ici qui l'ont interpellé, nan ? »

 

« Heuuu, oui mais l'affaire est en cours et... »

 

« Et quoi ? Où il est ? Où est ce qu'il est ? Et avec qui ? Vous ne savez pas avec qui il est parti ! Ah j'viens de recevoir un message, c'est peut être les kidnappeurs de mon fils qui me demande une rançon. - Salut po, je vais très bien et je suis avec des gens bien, ne vous inquiétez pas, cette histoire n'est pas ce que l'on croit. Je t'expliquerai, je rentre bientôt, bisous à toi et maman.

 

Le père appelle tout de suite son fils, le visage détendu mais encore soucieux. Le premier appel ne donne rien, il ne tombe même pas sur le répondeur, il recommence mais sans réussite.

 

« ça va monsieur Talandier ? »

 

Il relève la tête

 

« Oui, ça va » puis il s'en va

 

Sur le chemin pour retourner à sa maison, il tente d'appeler son fils plusieurs fois, en vain. Il a eu un contact mais rien de plus et personne, pas même la police ne peut l'aider.

 

 

 

Le lendemain :

 

 

 

Arnaud est au bar du salon de la maison, il est 7h30, l'heure du café et de la clope. Cédric revient avec des croissants et le pain, Pascal arrive à ce moment là. Il sort de la douche, il est en peignoir, il vient juste taper un croissant puis retourne à ses affaires. Xavier lui, est habillé pour aller courir.

 

 

 

« Tu vas courir ? »

 

« Ouais, tu veux venir ? »

 

Arnaud la clope au bec

 

« Nan pas motivé ce matin »

 

 

 

2h plus tard, dans la maison

 

 

 

Arnaud va voir Xavier qui est entrain de lire le journal

 

« C'est plus puissant que ce que j'pensais, t'as vu sur internet ? »

 

« Ouais, on devrait pas tarder à ressentir les secousses »

 

« Elles sont déjà là, le préfet m'a appelé »

 

« Il a ton numéro ? »

 

« Il a dû appeler Jean Marc »

 

« Ouais, j'vais te chercher son dossier, tu veux celui de Jean Marc aussi ? »

 

« Nan, c'est un mec bien, peut être que j'me trompe mais j'veux pas partir dans ce sens là avec lui » Xavier se lève

 

« Comme tu veux »

 

Xavier ramène le dossier et le donne à Arnaud

 

« Tu as des nouvelles de Jean Marc ? »

 

« Nan, il sait que ça ne changera rien que l'on discute ou pas. »

 

 

 

 

 

30mn plus tard, Arnaud est avec le préfet :

 

 

 

« Mr le préfet »

 

« Mr Seillot » Une ambiance austère entoure cette poignée de mains

 

« Où est-il ? »

 

« Quelque part »

 

« Mr Seillot, je ne comprends pas à quoi vous êtes entrain de jouer et je ne sais pas avec qui. Mais il y a une chose que je sais, à partir de maintenant, vous êtes au chômage et vous finirez sûrement en prison. » Dit le préfet, le visage froid

 

« Les probabilités disent que vous avez beaucoup plus de chance que moi de finir en prison. Ecoutez moi attentivement Mr le préfet, je ne vais pas finir au chômage et encore moins aller en prison. Vous savez pourquoi ? »

 

« Nan mais je suis impatient de savoir pourquoi. » dit le préfet du haut de son statut

 

« Parce que vouloir nous toucher c'est se brûler, si il m'arrive quelque chose, il vous arrivera quelque chose aussi. » Arnaud pose sur le bureau, le dossier que Xavier lui a remis. « Ceci contient des photos intéressantes, comme par exemple, vous en compagnie d'une escorte. Il y a aussi des schémas montrant que certaines de vos décisions, en tant que préfet, ne sont pas prisent en faveur de la région, en faveur des citoyens mais qu'elles sont prisent pour satisfaire les intérêts de vos amis ou de personnes qui devront par la suite, faire de même. » Le préfet l'écoute tout en feuilletant le dossier...

 

« Vous croyez me faire peur ? » Arnaud fixe le préfet

 

« J'me pose pas la question mais si vous avez un tant soit peu d'intelligence, alors vous devriez avoir peur. » Arnaud se lève

 

« Vous êtes des anarchistes, vous ne participez pas au bon déroulement du plan. »

 

« A présent on déroule le notre. » Le préfet a les traits du visage tendu et les mains tremblantes, « qui vous a donné ça ? » empoignant le dossier avec nervosité

 

« Des gens plus malins que vous, je suis juste passer vous le donner »

 

« Vous êtes le réseau 333 ? »

 

« Nous, nan, bonne journée » Le préfet se lève

 

« Vous croyez que rien ne va changer, que l'on va tolérer ça. Ce n'est pas la peine de passer à la brigade, vous n'en faites plus partie. Je vais m'occuper de votre cas personnellement ! »

 

« Est ce que vous connaissez le phénomène du parasite ? » Le préfet ne répond rien, ne comprenant pas vraiment le pourquoi de cette question.

 

« Dites vous bien une chose, nous sommes une entité qui se trouve dans un monde composé d'autres entités mais on œuvre tous pour le même but. On est de partout et on sait beaucoup trop de choses sur beaucoup trop de mondes. Avant d'appeler qui que ce soit, demandez-vous si cela n'engendrera pas de problèmes à votre interlocuteur. Mais en premier lieu, réfléchissez aux effets collatéraux que ceci peut provoquer. » Arnaud baisse les yeux un instant sur le dossier, puis se remet à fixer le préfet. « Croyez-vous que je sois entrain de bluffer ? Je peux le donner en main propre à madame, si on me pousse à le faire. L'onde de choc que l'on a les moyens de provoquer, peut vous faire sombrer tous autant que vous êtes. Si vous voulez continuer de profiter de votre grand bureau, si vous voulez garder votre niveau de vie, si vous ne voulez pas être détesté par vos enfants, tenez vous à carreau. Ceci n'est pas un dossier, c'est un parasite prêt à se propager, voulez vous connaître ses effets monsieur le préfet ? » Arnaud a changé de visage, il n'est plus dans la discussion, dans l'échange, il fait part de son imagination. « Sur ce je vous laisse méditer sur cette idée, qui pourrait avec une grande facilité, devenir réalité. » Arnaud fixe le préfet quelques secondes puis s'en va.

 

 

 

A la villa, Xavier reçoit un sms.

 

« Cédric, il est où Pascal ? »

 

« J'crois qu'il est allé taper dans l'sac. »

 

Xavier descend à la cave, Pascal est entrain de frapper dans le sac de boxe dans une ambiance rock'n'roll. Xavier baisse la chaîne.

 

« On passe à la dispersion »

 

« J'pose le gamin à la gareu ? »

 

« Ouais »

 

« ok »

 

Xavier retourne sur la terrasse, passe devant Cédric

 

« On passe à la phase de dispersion »

 

« ok » puis il part à la plage de la propriété

 

« Jérôme ! Il va falloir que tu partes. »

 

« Maintenant ? »

 

« Ouais, Pascal va te poser à la gare. On t'a fait un virement de 150000 euros sur ton compte, utilise cet argent correctement, prend soin de toi et de ce qu't'aimes. Peut être à un de ces jours. » Ils arrivent sur la terrasse, ils se serrent la main puis Jérôme et Pascal s'en vont.

 

« Qu'est ce qui se passe ? »

 

« Je sais pas, tout ce que je sais, c'est que je dois te poser à la gareu. » Ils montent dans la voiture.

 

« Il y a une casquette et des lunettes à l'arrièreu, mets les. Si les gens te reconnaisseut ils vont te casser les couilleus et me les casser aussi »

 

« Il m'a vraiment fait un virement de 150000 euros ? »

 

« Xavier ne parle pas pour faire du vent. Quand il dit quelque chose il le fait. Et puis cet argent, tu le mériteu. » Pacal et Jérôme sortent de Marseille, la tête de Jérôme commence à perdre de sa tonicité.

 

« Oon, on ne vas pas à la gare ? »

 

« Si mais pas à celle de Marseille. »

 

Gare de Arles

 

« Tiens c'est pour le billet. »

 

« Merci »

 

« Quand tu seras rentré, des gens des médias vont essayer de te parler et peut être d'autres personnes. Dis leur la vérité mais ne leur dit pas où tu étais, ni avec qui, ok ? »

 

« Ok »

 

« On est des mecs sympas mais on peut être très dangereux aussi. Si des gens veulent t'accuser de complicité ou de je ne sais quoi, on s'en occupera. Prends soin de toi. Tchao » Pascal et Jérôme se serrent la main, Jérôme ferme la portière et Pacal s'en va.

 

 

 

Au même moment, dans les coulisses d'un bar, quelque part dans Marseille.

 

La journaliste assise face à Arnaud « Comment est ce que vous avez pu monter toute cette histoire ? Il vous a fallu trouver une entreprise de ramassage d'ordures qui recrutais et avoir des adresses intéressantes pour les livraisons ? »

 

« Il n'y a pas 40 000 postes à pourvoir en tant qu'éboueur sur toute la France mais il y en a, ce n'était qu'une question de temps et de patience. Pour ce qui est des adresses, dans n'importe quelle ville on aurait pu trouver des gens ayant ce genre de profil. Notre réseau s'étend sur tout le pays, on connaît mieux les services secrets qu'ils nous connaissent »

 

« Vous parlez de quel type de réseau ? »

 

« Hybride, polyvalent, dangereux » le regard d'Arnaud n'est pas noir mais il a quelque chose de mystérieux qui refroidit souvent ses interlocuteurs. La discussion s'arrête une bonne dizaine de secondes, la journaliste à du mal à ne pas baisser le regard.

 

« D'accord, vous n'en direz pas plus ? »

 

« Si, je vais rajouter une dernière chose, nous ne sommes pas un réseau, nous sommes une entité. »

 

Arnaud se lève « Bon retour sur Paris » et s'en va

 

« Merci »