Chacun son chemin

Les voitures se collent les unes aux autres, les conducteurs klaxonnent, ils s'énervent, la plupart du temps pour rien car cela n'améliore pas le trafic, au contraire. Pesto, un pigeon voyageur le voit tous les jours depuis son arrivée. Il vient d'Italie, de Rome exactement, il est de passage sur Lyon. Il va y passer quelques temps pour pouvoir dire aux autres pigeons voyageurs comment est la ville. Les jeunes pigeons voyageurs ont besoin d'informations sur le plus grand nombre de villes, pour savoir laquelle répondrais le plus à ce qu'ils aiment. Plus loin du centre ville, du côté de Villeurbanne, il y a Toni et Karim, deux zonards, eux même se nomment comme ça, ils sont de « la zone » comme ils aiment le dire, ils en sont fière quand d'autres en ont honte. Toni 26ans a grandit avec sa mère, qui est morte il y a dix ans d'une overdose, « juste la fin d'une suite logique » comme il le dit, quant à Karim, de la même année, c'est le dernier de la famille, il a deux grandes sœurs et trois grands frères, ses parents n'ont plus d'énergie à lui consacrer alors il a grandi sans principes, sans véritables exemples, si ce n'est ceux de ses potes et donc en partie de la rue. A l'opposé de Villeurbanne, les Monts d'Or, collines peu bétonnées où sont installé nombre de gens qui se souci peu du côté financier de la vie alors qu'ils sont plutôt attaché à l'argent. Cela peut paraître paradoxale mais n'es ce pas la réalité de notre monde en 2014, de dire que l'on peut se passer de biens des choses tout en ne pouvant se passer de son canapé et de sa télé. Dans ce coin, vit Pierre, un garçon d'une vingtaine d'années qui voyage quand il le peut pour connaître le monde et apprend le journalisme le reste du temps. Son père est le patron de plusieurs agences immobilières et sa mère est avocate spécialisée.....dans l'immobilier, les deux réunies cela donne comme un requin blanc croisé dauphin, ils s'aiment tout autant qu'ils aiment la « réussite sociale » et donc l'argent. Jeudi, huit heure du matin, Pesto se réveille, la vue trouble et le cœur encore en veille, il est installé sous le toit en taule d'un hangar laissé à l'abandon, il n'a pas passé une nuit terrible, entre le bruit des gouttes de pluies et les courants d'air il n'a pas vraiment dormit. Quand il visite une ville, il essaye toutes sortes de logements et bien qu'il soit un descendant de la famille Carteli, dont le nom impose le respect, jusqu'aux États-Unis, en particulier a New York et Chicago, il refuse les logements trop confortables, il trouve les logements très modestes, très simples et c'est ce qu'il aime. Il est fatigué mais quand on est un Carteli, on ne se plaint pas, il n'y a jamais d'excuses, on assume, on garde la tête droite, le regard incisif, on défis les lois quel qu'elles soient, chimiques ou physiques. L'arrière grand père de Pesto, Arnando Carteli est arrivé à New York après 2 jours de vols, en étant parti de Bordeaux et en ayant fait qu'une escale de trois heures sur un bateau de croisière pour se reposer un peu et manger. Ce record n'a jamais était battu, d'ailleurs aucun pigeon n'a traversé l'Atlantique depuis, si ce n'est tout les pigeons du clan Carteli qui ont les gènes et le savoir de l'arrière grand père. Pesto, les yeux en face des trous, les muscles étirés et les articulations chauffées, quitte son perchoir et va à la recherche d'un lieu où la nourriture ne demande qu'à être ramassée. Jeudi, huit heure du matin, Villeurbanne, Toni, les yeux oranges sanguines, est entrain de rentrer chez lui après avoir refait le monde toute la nuit avec ces potes, tout en traînant dans le centre ville. Karim, lui, a passé la nuit avec sa copine mais au petit matin elle part travailler. Il se lève, se lave, enfile un pantalon qui fait bien habillé, met des chaussures de ville, une chemise et des lunettes qui ne laissent pas passer la lumière. Il monte dans sa voiture de société et part faire une livraison dans un café qui se trouve sur une place très fréquentée du centre de Lyon. Si vous lui demandez ce qu'il vend, il vous répondra « du chocolat qui fait penser » mais si un flic lui demande, il répondra, « du matériel électrique ». Il lui dira pour qu'elle entreprise il travaille et son coffre contenant du matériel et de la documentation de la dite entreprise, le contrôle ne sera qu'une rencontre amicale. Karim est un observateur/calculateur, il sait que c'est en ville que l'on rencontre la plus grande variété d'êtres humains en matières de conditions de vie, de personnalités, etc, et quand l'on voit ce qu'il fait de ce savoir, on se dit qu'il est doué. Ce n'est pas pour rien si les potes de Karim l'appellent le caméléon. Jeudi, huit heure du matin dans les Mont d'Or, Pierre vient d'arriver à son école de journalisme, il a choisit cette orientation professionnel car il souhaite devenir reporter de guerre. Ce n'est pas ce qu'il a dit à ses parents, eux croient par rapport à ce qu'il leurs a dit, qu'il veut faire journaliste sportif, ce qui colle puisque Pierre adore faire du sport. Pierre n'a jamais manqué de quoi que ce soit mais cela n'empêche pas qu'il s'est toujours soucié des autres et vivant dans une grande ville, il sait très bien ce que veut dire le mot « disparité ». Comme il l'a déjà dit une fois « Je n'ai pas fait le tour du monde mais j'ai fais le tour de Lyon et nombre de ces rues ont interféré avec mon vécu. » Pesto vagabondes de rues en rues, trouvant des miettes de croissants, de pains au chocolat et d'autres viennoiseries, il arrive même à tomber sur des morceaux entiers, sûrement tombé par terre et laissé là par leurs propriétaires. Son estomac étant petit, il a vite fait de faire le plein, maintenant qu'il est rassasié il peut aller voir les contacts qu'il avait prévu de rencontrer. Il n'est pas venu à Lyon uniquement pour faire du tourisme, loin de là, Pesto vient d'une famille de baroudeurs, d'explorateurs et il compte bien faire en sorte que le plus grand nombre de pigeons le deviennent aussi. Il sait que c'est en ville qu'il y a le plus grand nombre de pigeons mais surtout, c'est là que sont les QG des grandes familles, les villes ont toujours favorisé les échanges car elles sont un condensé des zones moins peuplés, c'est un peu les gros microprocesseur des états. Il a déjà parcouru toutes les grandes villes d'Italie pour partager son savoir sur les techniques permettant de survoler l'Atlantique. Dans chacune des villes, il a établit des connexions avec les membres des familles les plus connues, il est en fait entrain de mettre en place un réseau de centres de formation où tout pigeon voyageur intéressé peut parfaire ses techniques de vols et engranger d'autres savoirs. Le but, que la peur de survolé l'Atlantique soit vu comme une erreur d'interprétation, que les pigeons voyageurs européens puissent voir plus grands, qu'ils aient tous une génétique plus évoluées. La renommé de sa famille fait qu'il a toujours été bien reçu en Italie, quelque soit la ville mais en France, il est un peu vu comme un colonisateur puisque c'est lui qui dicte les règles. Karim assis au café attend son acheteur, son porte document est en dessous de la table sur la gauche, il ne contient aucun papier mais pèse quand même quatre kilos. Il commande un cappuccino et des viennoiseries, il auraient pu passer à la boulangerie ça lui aurait coûté moins chères mais il a les moyens. Deux minutes plus tard, un homme, habillé en costard, s’assoit en face de lui, il attrape le sachet prend un croissant, un pain au chocolat et y glisse un rouleau de billets de 50 euros. La discussion s'engage, Karim et son collègue parle de rap, du quartier, de famille, de tout ce qui n'a pas de lien avec un quelconque métier, après un quart d'heure à prendre des nouvelles, les deux hommes se quittent et celui qui est venu les mains vides repars avec un porte document. Après leurs départ, le serveur passe un coup d'éponge sur la table, faisant tomber les miettes par terre, s'ensuit la venue d'un pigeon à la recherche d'un petit déjeuner. Karim va maintenant passer à sa pizzeria mais avant ça il va s'adonner à un truc qu'il aime, s'arrêter à une agence immobilière et regarder les annonces qui sont affichées sur les vitres. Il est entrain de faire construire une belle maison en Algérie pour ses parents mais son rêve, c'est d'avoir une belle maison dans les Monts d'Or, d'avoir une star du ballon rond comme voisin, c'est comme ça qu'il imagine demain. Au même moment, Pierre qui a un peu de temps va faire visiter un appartement que son père vend. Il se rend dans un quartier huppé, son père ne fait que dans le haut de gamme, « ce qui est raffiné sera toujours recherché et à Lyon il y a un bon marché », telle est l'une des devises dans lesquelles Pierre a grandit, arrivé à l'adresse il trouve un avocat, représentant les clients qui ont trop de travail pour venir. Ils ne comptent pas venir vivre dans cet appartement, tout ce qu'ils veulent c'est placer leur argent, ce genre de biens dans Lyon ne peut pas perdre de valeur même avec une crise financière. La visite terminée Pierre va à l'agence de son père qui n'est pas loin, pour lui dire comment ça c'est passé. En arrivant, il voit Karim entrain de regarder les annonces, en même temps qu'il pousse la porte de l'agence il le regarde et lui dit « bonjour », Karim lui répond en souriant. Deux minutes plus tard Pierre ressort, il doit retourner en cours. Pesto se rend à Fourvière, lieu connu de Lyon qui offre un panorama sur la ville, il a rendez-vous avec un certain Jean de Fourvière qui a était prévenu par messager. La rencontre a lieu sur le toit de la basilique de Notre-Dame de Fourvière, Pesto se pose en douceur, il est accueillit par trois membres de la famille De Fourvière, le père et ses deux fils. Les salutations faites, Pesto explique précisément la raison de sa venue et à son grand étonnement son projet est le bienvenue. L'ambiance se détend, Jean de Fourvière demande à Pesto comment est la vie à Rome, les deux pigeons échangent leurs impressions. Le problème de la pollution de l'air, de la pollution par les déchets, ressort pour les deux villes, ainsi que le bruit et le manque de sourires chez les gens qui y vivent et même pour ceux qui ne sont que de passage. Pesto et Jean se rendent compte qu'une grande ville quelle qu'elle soit et où qu'elle soit engendre souvent les mêmes effets néfastes. Que ce soit à Rome ou à Lyon, les déjections des pigeons font qu'ils se font chasser par l'homme. Salir les voitures des êtres humains semble être quelque chose de grave, la nature des pigeons ne convient pas à la vie matérialisée de l'homme alors beaucoup de ces oiseaux préfèrent aller vivre à la campagne où la nature et les villages sont plus en harmonie avec les animaux. Il est l'heure de manger, Jean invite pesto à aller manger un bout dans le vieux Lyon, dans une rue où les bouchons lyonnais, restaurants qui servent les spécialités de la région, vont permettre aux deux pigeons de trouver des restes de mets raffinés à manger. Karim est à sa pizzeria, il est avec Toni, qui y travaille comme pizzaiolo, l'affaire tourne bien, les deux amis connaissent du monde à Lyon, ils n'ont pas eu besoin de faire de la pub, comme le dit Karim « à Londres tu ouvres un restaurant en bas d'une tour d'affaire et tu as assez de clients, nous ont fait pareil mais en bas des tours HLM et on a trop de clients, beaucoup trop mais tant mieux parce que les nôtres n'ont pas beaucoup d'argents contrairement aux costards de Londres ». Dans un village ce projet aurait été bien plus difficile tandis qu'ouvrir ici à Lyon, de plus où ils ont grandit, cela a était un jeu d'enfants. Il est 12h10 et la pizzeria qui peut faire jusqu'à cent couverts est déjà pleine, sans parler de la partie « pizza à emporter » qui demande plus d'employés que pour la partie restaurant. Karim pourrait se passer de faire du trafic mais il a du mal, il a grandit dans la quartier, il a grandit avec le système D, avec les marchés parallèles, avec les règles de la rue et bien qu'elles puissent être dangereuses, il les aime, c'est grâce à elles qu'il a appris à aimer le risque, à prévoir, à calculer avec précision, c'est son monde, bien plus que sa pizzeria. Pierre a deux heures de pause avant de reprendre les cours, comme à son habitude il va...